Edition 2005

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Dernière modification le 7 novembre, 2005

Du 19 Au 23 Juillet 2005 24 ème Cahors Blues Festival


Mama’s Biscuits

Une fois de plus, les rives cadurciennes du Lot vont vibrer aux sonorités et aux rythmes lancinants et plus souvent endiablés de la musique bleue.

Arrivé en début d’après midi par le train, Frère Toc est chaleureusement accueilli par les deux autres mousquetaires de L’Oreille Bleue : Portos, alias Lucky Jean Luc, et Athos, plus connu sous le nom de Christian rock. Après un passage à l’hôtel, Frère Toc découvre pour la première fois la ville de Cahors enchâssée dans une boucle du Lot, son célèbre pont Valentré et son festival. Les rives du Lot s’avèrent être un endroit parfait pour y installer la scène du Juke Joint, précédée par le restaurant et à quelques pas de la salle des docks pour terminer la nuit avec des bœufs. Le soleil aimant le blues ne fera pas défaut et accompagnera le festival avec des chaleurs raisonnables et bien agréables. Nous voilà rendu pour 16h30 sur les lieux : mains serrées, embrassades, présentations, tout le petit monde des passionnés du blues se retrouvent, se flaire, se reconnaît, se présente aux nouveaux venus et c’est parti pour cinq jours d’un excellent cru, si je puis me permettre cette image pour définir la programmation 2005 dans une région à vocation vinicole.

Les Mama’s Biscuits, venus de la région parisienne, ont la difficile tâche d’ouvrir le festival avant de remettre le couvert le jeudi suivant à la même heure. Ils nous ont offert des prestations de qualité dans un répertoire aux titres pas toujours très connus et puisés dans le registre des années 50. La voix de Véronique Sauriat y contribue pour beaucoup car elle est étonnante et rare pour une chanteuse française. Peut être manque-t-elle un peu d’envergure et de puissance pour pouvoir prétendre égaler les voix des grandes divas noires américaines mais incontestablement, lorsque qu’elle descend dans des tonalités plus basses, sa tessiture se fait chaude, vivante, sensuelle, pour devenir plus rauque. Véronique Sauriat est entourée de musiciens talentueux : Fabrice Millerioux à la batterie et Thibaut Chopin à la basse pour la rythmique pendant que Stan Noubar Pacha tisse habilement des contrepoints avec sa guitare pour encadrer merveilleusement la voix de Véronique. Il suffit de dire que les trois lascars ne sont autres que les Tortilleurs qui accompagnent fidèlement Benoît Blue Boy, que Stan est certainement un des tout meilleurs guitaristes français de blues et vous aurez tout compris.

Changement de style avec le nancéen Eric Starczan qui prend la relève. Eric est un jeune guitariste de 24 ans talentueux, déjà à l’aise sur scène avec un son de guitare beaucoup plus rock. Par rapport à l’année dernière, le potentiel que nous avions découvert en lui s’est encore amélioré, tel un diamant brut qui se cisèle au fil des ans pour nous servir une prestation musicale de plus en plus affirmée: progrès appréciable de la voix, prestation scénique avec des effets judicieux sans lourdeur ni excès. Philippe Tempo à la basse et Dimitri Domagala à la batterie, le soutiennent avec une rythmique puissante et sur vitaminée. Philippe Tempo a un jeu complet et maîtrise le slap. L’orgue Hammond sous les doigts de Thomas Keller ajoute à la consistance mélodique et rythmique. Le style est peut être un peu plus funky que par le passé, leur prestation est faite de blues enflammés, de rocks puissants et de funks percutants auxquels s’ajoute de nouvelles compositions en français qui ne sont pas sans évoquer des références à Sinclair. Ce jeune musicien a vraiment les atouts en mains pour faire bouger un public qui ne peut rester longtemps de marbre.

La journée déjà amorcée sous de bons hospices continue en soirée avec T99, groupe néerlandais qui fut une vraie révélation. Les musiciens de cette formation emmenée par Misha Den Haring ont un point commun avec les groupes de blues belges, un talent de défricheurs intéressants. Ils ont carrément assimilés le blues des origines pour lui donner un éclairage moderne en dépoussiérant cette musique. Ainsi, ils nous proposent un florilège de swamp blues, boogie woogie, vieux roots qui sont une véritable invitation au voyage et à la fête. Misha à la guitare et Martin de Ruiter à la batterie, appuyé par la contrebasse de Donné la Fontaine, se partagent le chant et crée une véritable complicité avec le public. Des morceaux accompagnés au banjo line ou au ukulélé, un boogie endiablé, le jeu de scène du batteur autour de son instrument, ont définitivement conquis les spectateurs emportés par l’énergie permanente de ce groupe.

Pour clore cette première journée, avant d’aller rejoindre les docks, Eddie Martin, artiste britannique, nous propose deux atmosphères différentes. Dans un premier temps, il se présente seul sur scène pour quelques blues roots en guitare acoustique et harmonica , références à Robert Johnson, Little Walter, Freddie King etc.… pour continuer sa prestation en trio avec un répertoire à la guitare électrique, jouant autant du slide que du picking. Avec son seul instrument et son style incisif, par son chant inspiré, il saura nous envelopper dans une atmosphère dense et puissante.

Cette première journée s’est déroulée sous le signe de la diversité avec quatre groupes et quatre styles différents, ce qui démontre bien la richesse du blues.

Mercredi 20 juillet, autre journée qui pour nous débute à midi, car la scène ouverte aux Docks avec Mr Tchang ne se termine pas avant 04h30, ce qui nous fait vivre à l’heure espagnole. Mais c’est sous un bon augure ensoleillé et musical que nous nous retrouvons à la terrasse d’un endroit qui sera notre cantine attitrée pendant le festival, le Méphisto avec Dominique, sympathique et drôlissime tenancier du lieu qui n’a rien de sulfureux.

Sur la place du marché, le mercredi et le jeudi, à 10h30, Rag Mama Rag se produisait. C’est un duo anglais désormais installé en France avec Ashley Dow au chant, à la guitare steel, au ukulélé, etc, et avec sa compagne Deborah également au chant qui accompagne son compagnon à l’harmonica, au washboard, au tambour ou aux cuillers. Il puisent leur répertoire dans les blues, les ragtimes et les traditionnels du Mississipi des années 1920, 1930, complété par leur propres compositions.

C’est avec autant de plaisir que la veille que nous retrouvons sur la scène du Juke Joint Eddie Martin et T99. Le soir les festivaliers rejoignent l’espace de verdure, rue Caviole, pour une des deux grandes scènes payantes du festival. Grand moment en perspective donc avec de grandes dames du blues venues des Etats Unis. Energie, vibrations, émotions assurées avec ces voix étonnantes qui scandent, hurlent, rythment une musique venu des chants de cotons, des ghettos urbains, d’amours brisés, d’espoirs mystiques et de joies partagées.

Sharrie Williams et ses musiciens, les Wiseguys assurent la première partie avec un savoureux cocktail de Blues, de Rock et de Funk en doses variées. Et elle sait y faire Mademoiselle Williams avec son charisme éprouvé et ses qualités de show woman indéniables pour conquérir un public et le mettre dans sa poche : bain de foule, larmes à l’œil, voix chaude, vibrante, rocailleuse, et puissante, avec son lot de cris qui surgissent du fond de ses entrailles qu’ils soient de souffrances, d’espoir, de joie ou d’amour. Si Lars Kutchke, son guitariste, fait une prestation honnête sans être exceptionnelle, son jeune batteur, Sterling Lee Brooks, accompagné par Marco Ray Franco à la basse, assène un tempo puissant et efficace. Aux claviers, Pietro Taucher, musicien survolté, est sa véritable âme damnée qui nous emporte dans des tourbillons de notes qui nous ballottent comme des grains de sable sous la vague. Il ne saurait faire oublier toutefois James Owen qui officiait lors des premières prestations scéniques de Sharrie en Europe. D’aucuns lui reprocheront peut être de faire de la corde sensible son fond de commerce et ceci reste une appréciation aussi suggestive que la larme que d’autres essuieront au coin de leur œil et nous sommes plus incliné à croire que Sharrie a un besoin énorme d’être aimée par son public.

Après un entracte ou pause bière selon la soif de chacun, nous retournons vers la grande scène pour découvrir Diunna Greanleaf. Beaucoup plus posée et moins charismatique que Sharrie Williams, elle nous distille cependant un chant plus mélodieux sur des blues plus calmes voir jazzy. Le chant est la composante fondamentale de la vie de Diunna qui vient d'une famille de musiciens, une de ses soeurs étant cantatrice et l'esprit d'une autre soeur, pianiste, trop tôt disparue ne la quittant jamais lorsqu'elle se produit sur scène. Elle chante donc avec passion, simplicité et non sans une pointe d'autodérision dans son interprétation de"Built for comfort". Elle laisse la place à sa camarade Janiva Magness dont la sensualité et le charme fatal séduisent déjà le mâle public avant même qu’elle entonne la première note. Autant dire, à voir les yeux de certains, qu’elle mène la gent masculine par le bout du nez ! Mais c’est avec son atout maître et convaincant qu’est sa voix, qu’elle conquerra définitivement l’assistance toute entière. Hurleuse de blues au beau sens du terme, son tempérament volcanique, son sourire flamboyant, ses envolées vocales à la fois tendres et survoltés connectent l’auditoire sur sa belle énergie. La rythmique, peut être moins pêchue qu’avec Sharrie Williams, assure un tempo métronomique pendant que le clavier appuie le chant de Janiva qui n’oublie pas de lui laisser les moyens de s’exprimer. En plus de chanter, elle étend sur quelques titres ses talents à l’utilisation d’un rubboard conçu sur mesure pour épouser ses charmants appâts. Le public ne peut rester indifférent au talent de son guitariste, Enrico Crivellaro, avec ses chorus brillants, sa dextérité extrême et son feeling envoûtant. Il sait tisser de riches lignes mélodiques toutes de velours en soutien au chant de Janiva. En guise de bouquet final, nos trois divas du blues se retrouvent sur scène pour une rencontre empreinte de complicité et d’unité. Sharrie Williams, dès le départ, donne l’incandescence qui embrasera nos trois chanteuses.

En quittant le lieu deux mots viennent à notre esprit et à nos lèvres : phénoménal et inoubliable. Ce moment d’une rare force n’a semblé laisser personne indifférent ni tout à fait le même.

Une courte nuit nous ramène en ce jeudi 20 juillet, après avoir fait bonne chair et bon vin à notre cantine, sur les lieux bénis du blues au bord du Lot. Le deuxième concert des Mama’s Biscuits, ouvre tout aussi agréablement les festivités que le premier jour avant de laisser la place à Mercy Blues Band, formation francilienne soutenue par le Comité de Liaison du Blues ( mettre url du clb). Voici un trio intergénérationnel qui possède une vraie homogénéité en revisitant les grands standards du genre saupoudrés d’ambiances rockabilly ou d’intonations plus marécageuses. Leur prestation est emmenée par Jean Paul Avallaneda, chanteur à la voix rauque et guitariste aux chorus denses qui mériteraient cependant un peu plus de précision. Il bénéficie d’une bonne assise rythmique grâce à la coopération de Bruno Quinonéro à la basse et de son fils de 19 ans, Stéphane. Ce dernier est vraiment l’agréable découverte de cette journée car, avec son jeune âge, il se révèle comme un percussionniste doué, à la frappe massive et puissante, prometteur d’un bel avenir.

Venu tout spécialement de Big Apple, Arthur Neilson convainc dès les premiers accords par la justesse redoutable et la limpidité de son jeu. Il n’y a rien d’étonnant à cela lorsqu’on connaît le parcours de cet artiste haut de gamme : collaboration avec Otis Rush, son mentor, figure de proue de l’écurie de Popa Chubby ou encore guitariste attitré d’artistes de premier plan. Entouré ce soir de musiciens français en affinité avec ses qualités, il propose un répertoire varié allant de reprises incontournables ou plus confidentielles à des compositions, le tout dans un style savoureux. Il est influencé par les sonorités du Chicago blues mais il sait aussi distiller d’attachantes mélodies dans un style plus folk. Si sa technique est précise et élaborée, il ne tombe jamais dans la performance. Il est vrai que Arthur Neilson dégage un charisme fait de simplicité et de gentillesse qui le rend particulièrement attachant.

Du talent et de la qualité de la prestation d’Arthur Neilson, nous entrons pour la dernière partie de soirée dans la légende avec le groupe mythique Climax Blues Band qui a durablement marqué l’histoire du British blues. Dès 1969, les bacs des disquaires se remplissent de leur premier vinyle. Seize albums vont se succéder alors jusqu’en 1993, le groupe subissant durant ces années et comme tant d’autres des changements de line up successifs. Après la production d’une compilation en 1994, 2003 voit la sortie d’un nouvel opus « Big Blues » qui reprend 12 chansons de Willie Dixon, une bonne occasion de remonter sur scène et que du bonheur pour les festivaliers de Cahors. Du pur blues évidemment mais ils étonnent agréablement en nous invitant sur des chemins inattendus ou se mêlent la Soul, le Funk, voire même le Jazz Rock. Autour du seul musicien originel du groupe, Colin Cooper, chanteur et multi instrumentiste ( flûte, harmonica, saxo), se retrouvent Lester Hunt à la guitare, Georges Glover au clavier et à l’orgue, Neil Simpson à la basse et Roy Adams aux baguettes pour une séance riches de sensations et d’émouvants souvenirs. La voix démoniaque du leader ainsi que son jeu rempli d’effets saturés tant à l’harmonica qu’au saxo, les lignes mélodiques généreuses du pianiste, le talent dynamique du guitariste nous entraînent dans les stupres du blues sans le moindre remord. Un moment d’exception intemporel ou les plus jeunes toucheront à ce qui a contribué à la musique d’aujourd’hui et les plus âgés retrouveront l’âme de leur vingt ans.

L’aurore aux doigts de rose, chère à Homère, ne nous a encore vu ni nous coucher et ni nous lever et c’est accueilli par le soleil de midi que nous nous retrouvons fort nombreux au Méphisto pour rompre le pain et boire le vin. Car personne, aujourd’hui ne veut manquer une rencontre avec un personnage haut en couleur et pour le moins original, Marcel Serratout. L’amuseur public est déjà au service, l’œil malicieux, bousculant, houspillant le client avant de saisir son accordéon que mépriserait le moindre joueur de piano à bretelle puisqu’il s’agit d’un jouet et avec un talent consommé il délivre quelques ritournelles et nous parle du pourcentage admis pour préparer la Solexine dans le garage à Solex de son père.

Comment, après une si joyeuse mise en bouche, ne pas nous retrouver dans les meilleures dispositions devant la scène du Juke Joint pour accueillir Mig & the Mudz,autre groupe hexagonal composé de l’ex-bassiste chanteur du groupe breton « Doo the Doo», Mig Toquereau, et des musiciens du groupe bordelais « Mudzilla » avec Florian Royo à la guitare, Vincent Pollet-Villard aux claviers, Nico Domenech à la basse et Alain Baudry à la batterie. Ils invitent à un voyage musical qui mène du fin fond de la Louisiane jusqu’aux rives du Mississippi, distillant des titres lents jusqu’à des morceaux plus costauds tirés de leur premier album «  Hate and Love ». Malgré des problèmes de cordes vocales, Mig pratique un chant inspiré, soutenu par une rythmique convaincante, une guitare mordante et un piano virevoltant. En somme, c’est une première réussie que nous espérons voir se renouveler.

Comme un excellent breuvage appelle la rincette, c’est avec un plaisir aussi intense que la veille, que les aficionados peuvent profiter d’un deuxième concert des Climax Blues Band.

Le soir venu, le théâtre de verdure à Caviole se remplit à nouveau pour le deuxième concert payant (seulement) du festival pour un moment de Blues où la sincérité et la sobriété n’eurent d’égales que le talent des musiciens sur scène malgré quelques avis divergents dans l’équipe de l’Oreille Bleue. Le belge Mark Thijs, musicien, compositeur, producteur et arrangeur connu dans le monde du blues tant en Europe qu’en Californie entame la première partie de la soirée accompagné de ses fidèles comparses d’Outre-quiévrain Renaud Lesire à la basse, Willie Maze à la batterie, JJ Louis à l’orgue, rejoint par l’autrichien Claude Rannenberg au piano. C’est sur ses performances que les points de vue des uns et des autres diffèrent. Pour Frère Toc et Christian Rock, la prestation ne semble n’avoir jamais décollé et la simplicité de jeu de Mark Thijs confine presque à l’ennui. Les chorus n’apparaissent pas abouti, la batterie parfois imprécise ; ils attendent le feeling mais ne peuvent jamais rentrer dans le monde de Tee. Pendant ce temps là, Lucky Jean Luc est en communion totale avec le spectacle présenté. Dès la première seconde, les poils s’hérissent et les gouttes de sueurs perlent, les jambes se font légères et l’esprit est hypnotisé. A cet instant, une seule chose existe et compte vraiment : le Blues de Tee. Pas de poudres aux yeux et d’effets spectaculaires, bien au contraire, juste quelques notes jouées ou suggérées à la guitare et une tessiture vocale prenante qui créent une atmosphère dans laquelle, il est si agréable de s’épancher… A chacune de ses sorties, le plaisir est toujours aussi intense grâce à cette plongée irrémédiable au cœur des années 50 où se côtoient avec autant de bonheur le Boogie, le Rhythm and Blues et la Soul.

Après avoir tout aussi âprement qu’amicalement exprimés nos désaccords autour d’une bière bien fraîche, retour devant la scène où James Harman entame la deuxième partie accompagné par Nathan James à la guitare avant d’être rejoint par Tee et ses musiciens. James, à l’opulente barbe fleurie prolongée d’un ruban rouge, à la mine truculente sous son chapeau de paille, un verre de vin du terroir français en main, chante avec une voix qui vient du dedans et vous emmène aussitôt dans une dimension qui ne vous lâche plus jusqu’à la fin du concert. Il commence le set avec Nathan James, jeune guitariste talentueux au jeu incisif, sobre et convaincant. James offre avec son harmonica un magnifique jeu complet et maîtrisé. Tee et ses musiciens l’entourent magnifiquement. Sur chaque titre, ils emmènent les spectateurs dans de longues envolées et la virtuosité démoniaque du toujours souriant Chris Rannenberg au clavier contribue largement à transmettre l’émotion sans oublier JJ Louis à l’orgue Hammond qui participe également à l’ambiance dans un registre sobre. Si le style est différend, plus proche du West Coast, les mêmes musiciens réussissent au final à mettre tout le monde d’accord.

Ce grand moment se conclue par un tirage au sort sous la houlette du directeur artistique, Jean-Philippe Kaufmann, en présence du Président Patrick Guyot et James Harmann en personne remet les deux guitares Gibson Sheraton II, mises en loterie depuis le début du festival aux heureux gagnants.

Samedi 23 Juillet, dernier jour des festivités. Nous faisons nos adieux à Dominique, après un dernier repas sur la terrasse de son établissement où nous entonnons quelques antiennes bien de t’cheu nous au son de son orgue de barbarie.

Dernières heures sur l’esplanade du Juke Joint où nous retrouvons une formation maintenant bien connue des amateurs hauts normands de bonne zique : les Buldog Gravy. Les blues comme Back Door Man de Willie Dixon, les titres folk rock comme On the road again des Canned Heat, enrichis de compositions (Skelton in my closet) sont magnifiquement mis en valeur par la voix de Mike Greene qui s’accompagne d’une guitare acoustique et quelquefois d’une mandoline. Il est soutenu par la contrebasse de Farid Khenfouf et la batterie revisitée de Jérôme Lavail (boîte à chapeau, valise en carton, carter de C15 Citroën, douille d’obus). Les junkiard percussions montées sur un portique métallique assènent sous la frappe efficace de Jean-Louis Brazzi des rythmes envoûtants, les miaulements lancinants de la guitare de Philippe Sangara, libèrent des turbulences fiévreuses, les mélopées de l’harmoniciste David Giancola épaississent l’atmosphère. Ces ingrédients, savamment assaisonnés d’une vraie vitalité, engendrent une force hypnotique propre à emporter un auditoire conquis. Peut être y a-t-il quelques esprits chagrins pour ne pas apprécié de voir bouleverser une musique bien établie mais personne ne pourra nier la superbe unité de chaque morceau. Mike souligne à ce titre qu’ils la doivent à un travail collectif étoffé de l’expérience et des idées de chacun sans couverture tirée par l’un ou l’autre. Il faut absolument posséder leur belle galette, Big Bad Blue, pour se resservir avec délectation et sans modération de généreuses rasades de leurs mélodies inventives.

Les compères de Spoonfull, groupe caennais reconnu par de multiples récompenses, après une nuit médiocre passée dans leur camion, nous embarquent sur les vagues funky de leur musiques toujours aussi généreuse et enlevée, qui a toute suite fait chalouper l’assistance. Même si leur concert ne fut pas tout à fait le meilleur qu’ils ont donné d’entendre (sans doute étaient-ils un peu stressé et certainement fatigués), Igor Pichon a séduit par son toucher de guitare coloré et maîtrisé, agrémenté par une ligne mélodique riche et sans faiblesses tissée vaillamment par Nicolas Mary aux claviers. La carrosserie auditive de cette magnifique Cadillac bluesy était solidement portée par un châssis rythmique infaillible construit par Virgile Lechevalier à la basse et Gilles Delagrange aux fûts. La cohésion de l’ensemble, la maîtrise instrumentale des protagonistes, la richesse des interprétations, les compos de qualité démontrent assurément que les quatre artistes ne s’endorment pas sur leurs lauriers et que bien au contraire ils n’ont de cesse de peaufiner leur jeu.

Après un petit encas roboratif partagé sur les rives gazonnées du Lot, et quelques libations adressées à Bacchus avec le meilleur de la production vinicole cadurcienne, il est temps de se rassembler au pied de la scène pour s’offrir en dessert quelques beaux frissons musicaux.

La gourmandise de chacun sera largement assouvie grâce au Rémois Fred Chapelier, artiste incontournable de la scène Blues française, avec une musique goûteuse et jouissive. Fred, preux musicien, installe immédiatement une belle ambiance au groove permanent, assisté en cela par Lorenzo Sanchez à la guitare qui étoffe agréablement chaque titre. A eux deux, ils offrent de beaux échanges avec leurs instruments à six cordes. Sébastien à l’orgue et au piano lie le tout en tricotant des ses dix doigt une trame plaisante. Abder Benachou à la basse et Pat Machenaud à la batterie offrent à leur comparses une assise rythmique efficiente. L’expérience éprouvée et solide de chacun confère une belle maîtrise de l’ensemble et cela n’a rien d’étonnant au vu de leurs participations à de nombreux festivals, nuits du blues et premières parties prestigieuses. Fred a offert des chansons en français au contenu pertinent, sans oublier un hommage à Poill’s, son ami trop tôt disparu, en reprenant trois de ses textes et de rappeler ce qu’il doit à son maître, Roy Buchanan.

Avant que Mister Tchang débute le dernier Jam session de la saison sur la scène du Juke Joint, Mig and the Muz clôture cette petite semaine riche en découvertes et en agréables frissons en nous emmenant encore une fois dans un voyage musical mouvementé et des plus agréable. Chaque nuit, les chemins cadurciens emmènent immanquablement nos pas vers la salle des docks où nous sommes les témoins privilégiés de quelques bœufs mémorables. Cinq nuits durant, Samuel Audrix, sous son nom de scène Mr Tchang, n’a de cesse d’agréablement étonner par sa virtuosité, par la riche variété de styles parfaitement maîtrisés, et par sa voix puissante et inspirée. Il était magnifiquement entouré par les musiciens de sa formation, Easy Money, avec Jo Pento à la basse et Cyril Teid à la batterie. Il propose un voyage dans le monde du Blues en alternant titres funky, mélodies lentes, Swing, voire Rock’n Roll. Sa gentillesse et son humour sont les qualités requises pour faire de Sam le maître de cérémonie parfait, mission qu’il a acomplie avec aisance et diplomatie en invitant sur la scène des artistes commeThibaut Chopin, Misha Den Haring et Martin de Ruiter des T99, Georges Glover des Climax Blues Band, Les Double Stone Washed, Mark Thijs, de jeune musiciens prometteurs du sud de la France et bien sûr Lefty Marco, irremplaçable chroniqueur, homme de radio et guitariste émérite. Nous oublions certainement d’en citer bien d’autres dont le talent nous a immanquablement ravis.

Le festival Cahors blues, le premier pour lui, résonnera longtemps dans la tête et le cœur de frère Toc qui emporte dans ses bagages tant de sonorités jouissives, de sensations fortes et d’images inoubliables. La simplicité, l’esprit de camaraderie et la gentillesse de tous ceux rencontrés, et plus particulièrement des organisateurs de ce moment rare et intense, sont quelques unes des marques distinctives essentielles de cette manifestation. Un grand merci au Président, Patrik Guyot, à Jean Phi Kaufmann, le Directeur artistique, à tous ceux de l’équipe que nous n’avons pas nommé et à tous les bénévoles pour leur accueil et le travail accompli qui impose le respect.

Nous leur disons : A très bientôt, les amis !

Vous retrouverez, en surfant sur l’Oreille Bleue, des chroniques de CD et d’autres comptes-rendus de plusieurs des artistes qui ont contribué au succès de cette 24éme édition du Cahors blues festival. Vous pourrez également en apprendre plus en rendant une visite sur ces quelques sites trouver sur le web. Mais rien ne prolongera à volonté votre bonheur qu’à l’écoute de leurs CD que vous pourrez classer dans vos incontournables.
www.cahorsbluesfestival.com
http://www.genuinemusic.nl/t99.htm
www. eddiemartin.com
http://www.sharriewilliams.com
http://www.janivamagness.com
http://membres.lycos.fr/mercyband
http://www.arthurneilson.com
http://www.climaxbluesband.co.uk
http://www.jamesharman.com
http://bulldoggravy.free.fr
http://www.ragmamarag.co.uk/frenchhomepage.html


Eric Starczan

T99

Eddie Martin

Sharrie Williams & The Wiseguys

Sharrie Williams

Diunna Greanleaf

Janiva Magness

Janiva Magness

Enrico Crivellaro

Janiva Magness & Enrico Crivellaro

Mercy Blues Band

Arthur Neilson

Colin Cooper

Climax Blues Band

Mig Toquereau

The Mudz

Mark Thijs

Mark Thijs

Claude Rannenberg

Mark Thijs

James Harman

James Harman & Nathan James

James Harman & Mark Thijs

Mike Greene

Philippe Sangara

Buldog Gravy

Spoonfull

Igor Pichon

Fred Chapelier

Lorenzo Sanchez

Mr Tchang

Double Stone Washed

Les 3 Divas
   
   
 
Frère Toc, Lucky Jean Luc et Christian Rock